Pour le 150ème anniversaire de la naissance d’Arthur Rimbaud (1854-1891), dix-sept des plus beaux poèmes de ce poète mythique ont été mis en musique : Ma Bohème, Le dormeur du val, Voyelles, Le Buffet, Sensation... qui ont été composés alors que le poète avait entre 15 et 17 ans !
Les musiques et les orchestrations, signées de Jean-Marc Versini, soulignent avec beaucoup de finesse la sensibilité, l’émotion et le génie de ce grand poète du 19ème siècle.
Ma Bohème
Paroles: Arthur Rimbaud Musique: Jean-Marc Versini
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J’allais sous le ciel, Muse ! Et j’étais ton féal ; Oh ! Là, là ! Que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques , Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
A la Musique Place de la Gare, à Charleville.
Texte : Arthur Rimbaud Musique : Jean-Marc Versini
Sur la place taillée en mesquines pelouses, Square où tout est correct, les arbres et les fleurs, Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
- L’orchestre militaire, au milieu du jardin, Balance ses schakos dans la Valse des fifres : - Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ; Le notaire pend à ses breloques à chiffres.
Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs : Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames Auprès desquelles vont, officieux cornacs, Celles dont les volants ont des airs de réclames ;
Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme, Fort sérieusement discutent les traités, Puis prisent en argent, et reprennent : « En somme !... »
Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, Savoure son onnaing d’où le tabac par brins Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; -
Le long des gazons verts ricanent les voyous ; Et, rendus amoureux par le chant des trombones, Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…
- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant, Sous les marronniers verts les alertes fillettes : Elles le savent bien ; et tournent en riant, Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles : Je suis, sous le corsage et les frêles atours, Le dos divin après la courbe des épaules.
J’ai bientôt déniché la bottine, le bas… - Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres. Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas… - Et mes désirs brutaux s’accrochent à leurs lèvres.
Le Dormeur du Val
Texte : Arthur Rimbaud Musique : Jean-Marc Versini
C’est un trou de verdure où chante une rivière Accrochant follement aux herbes des haillons D’argent; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme : Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Octobre 1870.
(*) pour la France métropolitaine, à partir de la réception de votre règlement